Association reconnue d’utilité publique, Orchestre à l’école transforme des classes entières en orchestres pendant trois ans. Une première mesure d’impact menée auprès des professeurs et directeurs d’écoles primaires confirme des effets forts sur le plaisir, la confiance en soi, l’inclusion et le climat scolaire, avec 44 000 enfants concernés cette année et 1 627 orchestres actifs dans 100 départements. Sophie Chessoux, responsable communication, revient sur cette démarche.
Pouvez-vous nous présenter « Orchestre à l’école » ?
Orchestre à l’École est une association reconnue d’utilité publique dont l’objectif est de développer la création de classes orchestre dans les établissements scolaires, principalement en école primaire et au collège, avec quelques lycées également.
Cette année, 44 000 enfants apprennent la musique grâce à Orchestre à l’École. Les professeurs de musique se déplacent dans les écoles. Lorsqu’une classe entre dans le dispositif, elle s’engage en général pour trois ans. Toute la classe devient un orchestre, sans sélection à l’entrée, dans un cadre totalement gratuit pour les familles.
Ce sont des projets de territoire impliquant un établissement scolaire, un conservatoire ou une école de musique, et la collectivité. De son côté, l’association finance le parc instrumental au démarrage et propose un accompagnement tout au long de la vie du projet.
Le but est d’apporter la pratique instrumentale dans des territoires éloignés de l’offre culturelle. Le dispositif est très présent en grande ruralité et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Dans de nombreux territoires, il faut parfois parcourir trente kilomètres pour se rendre dans un conservatoire ; c’est un frein évident.
Quel a été le déclic pour vous lancer dans une démarche de mesure d’impact social ?
Le déclic est venu assez naturellement. On disposait de nombreux témoignages d’enfants sur les bienfaits du dispositif. Mais nous sommes financés pour moitié par des fonds publics et pour moitié par des fonds privés ; nous devons en permanence aller chercher des financements, dans un contexte de raréfaction des subventions publiques.
De manière récurrente, nos mécènes et partenaires nous demandaient une étude d’impact. La Fondation RTE, l’un de nos mécènes, nous a proposé un accompagnement avec Impact Track. Le fait que l’étude soit prise en charge a été un déclencheur.
Cette mesure d’impact ne sert pas uniquement à convaincre les mécènes. Elle est aussi essentielle pour les porteurs de projets sur les territoires. Lorsqu’un acteur local souhaite monter un orchestre à l’école, il doit convaincre les collectivités de l’intérêt du dispositif. L’objectif était de fournir des éléments concrets à notre réseau, à nos porteurs de projets et à nos partenaires financiers.
Pour l’étude, nous avons choisi de cibler uniquement les professeurs et directeurs d’écoles primaires. Au total, 1 059 classes orchestre en primaire ont été contactées.
Ce que nous voulions démontrer, c’est que ce dispositif change réellement la vie de nombreux enfants. Quand on met un instrument entre les mains d’un enfant, on lui apprend à écouter son voisin, on lui transmet l’idée qu’il va y arriver, qu’il va réussir. Il y a une pédagogie bienveillante derrière Orchestre à l’École.
La notion de plaisir est centrale, tout comme la confiance en soi. Ce sont des compétences dites « hors scolaires », mais elles ont des effets très concrets sur les apprentissages. Lorsqu’un enfant gagne en concentration, il ne progresse pas seulement en musique : il est plus attentif en mathématiques, en lecture et dans l’ensemble de sa scolarité. C’est cette dimension globale que nous cherchions à mesurer.
Comment vous êtes-vous organisés autour de ce projet ?
Nous sommes une équipe d’environ 15 personnes au sein de l’association. Nous avons fait le choix d’être deux personnes mobilisées sur l’étude, d’autant que c’était un exercice nouveau.
L’idée était d’avoir deux regards complémentaires : la communication et le pôle création/suivi des orchestres. Pour la construction du questionnaire notamment, le fait d’avoir ces deux profils a été précieux.
L’ensemble du processus a pris environ trois mois, entre les premières réflexions et la finalisation. Pour des raisons de calendrier, nous avons dû aller vite : l’enquête a été menée en deux à trois semaines. Cela montre aussi une réelle envie de témoigner de la part des enseignants.
L’accompagnement avec Impact Track nous a aidés à choisir les bons angles, à formuler et hiérarchiser les questions, à clarifier ce que nous voulions vraiment mesurer et raconter. Cet accompagnement a été précieux, car ce type de démarche demande du temps et de l’énergie.
Quels enseignements tirez-vous des premiers résultats de mesure d’impact ?
L’étude combinait quantitatif et qualitatif. Nous avons récolté plus de 1 500 commentaires. Cela apporte une vraie richesse : on ne se limite pas à des réponses fermées ; on obtient des retours concrets, incarnés.
Les résultats sont très positifs, y compris sur des indicateurs que nous pensions déjà bons. Environ 80 % des enseignants déclarent que les élèves prennent plus de plaisir, gagnent en confiance en eux et développent davantage l’empathie. Près de 70 % des répondants estiment que la participation à un orchestre favorise une meilleure inclusion et des relations plus apaisées entre les élèves. La confiance en soi est citée par 82 % des enseignants. Ce sont des données solides qui posent les choses clairement.
Ces chiffres objectivent ce que nous pressentions déjà. Nous n’avons pas été surpris par les tendances, mais par leur ampleur. Une étude d’impact permet aussi de se requestionner : à partir de certaines remarques ou difficultés exprimées, on peut réfléchir aux améliorations. Même si l’ensemble est très largement positif, ces retours permettent d’affiner le modèle et de continuer à progresser.
Que vous a apporté la mesure d’impact ?
C’est un argumentaire chiffré complété par une grande richesse de témoignages. C’est une base solide. On aimerait aller plus loin : réaliser la même étude pour les collèges, interroger les professeurs des conservatoires pour voir si le dispositif a changé leur manière d’enseigner, ou explorer d’autres dimensions.
Tout cela reste une question de budget. Comme beaucoup d’associations, nous sommes de plus en plus contraints financièrement. Cette étude a pu être menée grâce au soutien de la Fondation RTE, ce qui a été déterminant. Pour la suite, nous avions envie de poursuivre dès l’année suivante, mais nous allons devoir attendre d’y voir plus clair sur nos financements. L’année à venir s’annonce compliquée, notamment parce que nous dépendons encore pour moitié de financements publics, avec des incertitudes liées au contexte politique et aux élections municipales.
Quels sont vos prochains défis ?
Les prochains défis sont essentiellement financiers. Malgré cela, nous voulons continuer à avancer, notamment en accompagnant au mieux les porteurs de projets sur les territoires. Monter un orchestre à l’école, c’est s’engager sur un temps long, et cela demande de la motivation et de la conviction. Dans un contexte d’incertitude, il est d’autant plus important de pouvoir s’appuyer sur des arguments solides pour défendre le dispositif et affirmer qu’il est aujourd’hui incontournable à l’école.
L’association a 18 ans, et pourtant, il faut toujours prouver notre utilité, notre impact et l’intérêt du dispositif. Quand les élèves vont mieux, les enseignants vont mieux aussi. On observe souvent un climat scolaire plus apaisé dans les écoles où il y a une classe orchestre. Il se passe beaucoup de choses positives autour d’un orchestre à l’école. Et c’est aussi cela que cette étude d’impact met en lumière.
Avez-vous un conseil pour les porteurs de projet qui hésitent à se lancer dans une mesure d’impact ?
Le caractère très concret de la démarche est appréciable. La mesure d’impact permet de se questionner sur l’association elle-même et sur nos pratiques. On doit prendre du recul par rapport à notre cœur de métier, et ce recul-là, quand on a la tête dans le guidon, on ne l’a pas toujours.
Même pour une plus petite association, cela vaut le coup d’avoir des premiers chiffres, des éléments objectivés. Au-delà, la démarche permet de questionner le modèle et les pratiques.
Il faut avoir en tête que cela demande un investissement humain important. C’est un travail utile et positif, mais il faut l’anticiper.
Pour aller plus loin
👉 Découvrez les résultats de l'étude d'impact d'Orchestre à l'école
👉 Découvrez plus de témoignages avec notre dernière interview du Labo des histoires
